1re Session, 41e Législature,
Volume 148, Numéro 149

Le mardi 26 mars 2013
L’honorable Pierre Claude Nolin, Président suppléant

La radicalisation

L’honorable Mobina S. B. Jaffer : Honorables sénateurs, j’interviens pour parler du problème de radicalisation au sein de la société canadienne. La gravité de ce problème a récemment été confirmée par des attaques terroristes contre une centrale de production de gaz en Algérie qui ont causé plus de 80 décès. Cette tragédie et l’implication présumée de Canadiens dans ces attaques devraient nous rappeler l’importance de comprendre les racines du terrorisme. Nous pourrons ainsi mettre en place des stratégies proactives afin d’empêcher nos jeunes de choisir la voie de la violence.

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Aujourd’hui, je veux aborder trois questions. Premièrement, qu’est-ce que la radicalisation? La Gendarmerie royale du Canada définit la radicalisation comme étant « le processus selon lequel des personnes, surtout des jeunes, […] [remplacent] leurs croyances modérées et généralement admises par des opinions extrêmes. »

Il est important de souligner que les radicaux ne sont pas tous des terroristes. Certaines des figures les plus marquantes de l’histoire, comme Martin Luther King, Jr. ou Nelson Mandela, étaient qualifiés de radicaux à leur époque. Nous devrions toutefois nous inquiéter chaque fois que des gens utilisent la violence pour atteindre leurs objectifs.

Deuxièmement, qui devient un radical violent? Récemment, le Service canadien du renseignement de sécurité a publié une étude sur la radicalisation. La principale conclusion, c’est qu’on ne peut pas établir le profil des personnes à risque. C’est avant tout un processus idiosyncrasique. L’une des perceptions erronées les plus répandues, c’est que la radicalisation résulte de la pauvreté, de la marginalisation ou du fait que les immigrants ne s’intègrent pas à la culture canadienne. Les données montrent toutefois que la plupart des extrémistes nationaux sont nés et ont grandi au Canada, ont fait des études postsecondaires et sont issus de divers milieux socioéconomiques.

Troisièmement, quelle est l’origine de la radicalisation? Il n’existe aucune réponse claire à cette question. Les parents peuvent influencer la radicalisation de leurs enfants, les épouses peuvent influencer leurs maris vice versa. Internet peut également jouer un rôle prépondérant. En effet, les groupes terroristes utilisent souvent les médias sociaux pour faire de la propagande et recruter leurs membres. La prison est un autre lieu propice à la radicalisation. Des études montrent que les prisonniers sont particulièrement enclins à se convertir à des idéologies extrêmes. Cependant, il ne faut pas oublier que la radicalisation est un processus social et que, par conséquent, tout lieu où des humains interagissent y est propice.

Honorables sénateurs, je vous demande de vous joindre à moi afin que nous nous engagions, ensemble, à redoubler d’efforts pour empêcher que de jeunes Canadiens deviennent des radicaux violents. Certes, les attaques récemment perpétrées en Algérie sont particulièrement troublantes, mais le terrorisme présente également une grave menace à l’intérieur de nos frontières. À preuve, la condamnation des membres des « 18 de Toronto ». Heureusement, dans leur cas, nos forces de police et nos services de renseignement ont réussi à éviter une tragédie.

Toutefois, nous ne pouvons pas uniquement compter sur les forces de sécurité publique pour nous protéger. Nous devons adopter une approche communautaire pour contrer la radicalisation. Une telle stratégie devrait tenter d’identifier les jeunes à risque au moyen de programmes sociaux et favoriser la participation accrue de nos collectivités au processus démocratique.

Honorables sénateurs, le Sénat doit faire sa part pour mettre fin à la violence dans nos collectivités.