1re Session, 42e Législature,
Volume 150, Numéro 127

Le lundi 5 juin 2017
L’honorable George J. Furey, Président

La commissaire aux langues officielles

Madeleine Meilleur—Réception en comité plénier

La sénatrice Jaffer : Madame Meilleur, bienvenue à votre première comparution au Sénat. Je m’appelle Mobina Jaffer et je suis une sénatrice de la Colombie-Britannique.

[Traduction]

Nous avons entendu parler de vos réalisations dans l’Est et des différentes choses que vous accomplirez dans l’Est. Cependant, moi, je viens de l’Ouest.

[Français]

Donc, j’aimerais vous demander quelle est votre vision pour augmenter le bilinguisme dans l’Ouest.

Mme Meilleur : Merci beaucoup, madame la sénatrice. Je suis allée à quelques reprises en Colombie-Britannique et j’y ai rencontré les ministres responsables de la francophonie. C’est un défi, mais je pense que le gouvernement provincial avait mis des mesures en place. Par ailleurs, la cour l’a obligé à ouvrir des écoles qui offraient la même qualité structurelle et éducative que les écoles anglophones. C’est pour cela qu’il est bon d’avoir des tribunaux, comme la Cour suprême, qui rappellent à l’ordre les gouvernements. J’ai toujours apprécié le fait que la Cour suprême défende souvent les minorités. En Colombie-Britannique, comme je l’ai dit auparavant, pour augmenter le nombre de personnes qui parlent français, il s’agit de travailler aussi avec la province.

On l’a fait de belle façon en Ontario avec nos écoles d’immersion. C’est incroyable, les écoles d’immersion. Les parents en demandent de plus en plus; on demande qu’il y ait plus de 50 p. 100 de français. Il y a un engouement pour cela. Or, je suis persuadée que la Colombie-Britannique n’est pas différente de ce point de vue.

Je peux vous dire que je travaillerai avec les communautés francophones de la Colombie-Britannique pour les écouter. Ce sont elles qui ont les réponses, mais elles ont besoin de quelqu’un pour faire le lien et faire passer les messages. J’ai entendu dire souvent que c’est la responsabilité de telle ou telle personne. En Ontario, je n’étais pas responsable de l’éducation, de la santé ou de l’immigration, mais je m’impliquais et je travaillais avec le ministre responsable pour le convaincre qu’on devait adopter telle pratique ou telle loi.

Je puis vous dire, madame la sénatrice, que je serai en Colombie-Britannique et que je travaillerai avec les communautés sur place. Je recommanderai aussi aux personnes en position d’autorité de faire certaines choses pour augmenter le nombre de locuteurs francophones, mais aussi pour freiner l’assimilation. Ce qui guette les communautés anglophones du Québec et les communautés francophones ailleurs, c’est l’assimilation, compte tenu des mariages exogames et d’autres problématiques. Il faut leur donner les outils, et je pense que le commissariat a un rôle à jouer à ce chapitre, comme il l’a fait par le passé, afin d’élaborer des outils pour aider ces communautés.

La sénatrice Jaffer : Félicitations pour votre connaissance de ma province! Il y a trois préoccupations dans ma province. La première a trait à la communauté francophone du Canada. Je suis d’accord avec vous, il y a beaucoup de problèmes d’infrastructures. Le deuxième problème concerne la communauté francophone dont les membres ne sont pas originaires du Canada. Un grand problème est ressorti à ce chapitre lorsque j’ai parlé avec les gens de ma province.

[Traduction]

Le problème, c’est que les gens qui viennent d’un pays qui compte une communauté francophone ne sentent pas qu’ils font partie de la francophonie au Canada, que ce soit au niveau du gouvernement fédéral ou au niveau du gouvernement provincial. Par exemple, lorsque des réfugiés syriens qui parlent français sont arrivés dans ma province, on les a envoyés vers les écoles anglophones.

Si vous êtes nommée, j’espère pouvoir travailler avec vous à faire en sorte que les personnes issues de communautés francophones obtiennent les mêmes ressources que les Canadiens issus de communautés francophones, afin de soutenir la croissance de la communauté bilingue.

Le problème dont je voulais parler est le suivant. Je suis grand-mère. J’ai deux petits-enfants. L’un d’eux a 11 ans et il étudie dans un programme d’immersion en français; il est incroyable — je suis une grand-mère très fière, comme vous pouvez le constater. L’autre, par contre, n’a pas accès à un programme d’immersion, parce que la moitié des écoles qui offrent ces programmes à Vancouver ont été fermées.

C’est frustrant. Si nous voulons faire croître le bilinguisme à l’échelle du pays, le gouvernement fédéral et vous-même, si vous êtes nommée, devrez jouer un rôle très dynamique afin d’assurer des places en immersion aux Canadiens qui veulent apprendre les deux langues officielles. J’aimerais connaître votre vision à cet égard.

Mme Meilleur : Tout d’abord, j’aimerais féliciter vos deux petits-enfants. Vous êtes très fière d’eux, et à juste titre.

Je crois que le ministère du Patrimoine offre un programme pour favoriser la croissance des langues officielles en milieu minoritaire, un programme qui permet d’aider le ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique à promouvoir le français et à mettre sur pied des programmes pour les francophones.

Si je suis nommée commissaire, j’ai l’intention de collaborer avec ces différents ministères afin de transmettre au ministère du Patrimoine nos trouvailles sur les différentes façons dont nous pouvons travailler ensemble et financer ces programmes, et ainsi favoriser la dualité linguistique. Nous devons apprendre à nous connaître et à cohabiter en harmonie. Nous devons aussi savoir comment aider l’autre communauté au moyen de programmes d’immersion et comment mettre en œuvre plus de programmes d’immersion, parce que les enfants apprennent très rapidement. Parfois, il peut s’agir d’un programme d’été afin de les préparer à suivre un programme d’immersion ou à faire leur entrée dans une école d’immersion. D’autres provinces se sont servies de différents outils ou ont procédé de différentes façons pour parvenir à leurs fins. Je vais leur donner un coup de main.

La sénatrice Jaffer : Madame Meilleur, si vous êtes nommée, le premier devoir que je vais vous demander d’accomplir est de jeter un coup d’œil au rapport du Comité des langues officielles portant sur la terrible situation dans laquelle se trouve la Colombie-Britannique, qui a été réalisé sous la direction de la sénatrice Tardif.

Mme Meilleur : Oui, je le ferai.